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L'objet de cet exposé est de caractériser la trajectoire évolutive de la matière vivante terrestre et particulièrement de la lignée humaine, et de nous interroger sur le rôle que pourrait jouer la méthode Alexander pour mettre les êtres humains dans un état favorable à la poursuite de cette trajectoire.Lévolution de la vie sur terre sinscrit dans une tendance fondamentale de lunivers à sorganiser: lémergence et lévolution de la vie a continué un long processus de complexification qui remonte "big bang" initial. Cette évolution a pris la forme dune diversification buissonnante; on peut cependant y suivre une trajectoire évolutive qui caractérisent, notamment, une complexité croissante des organismes ( par exemple, une amibe est plus complexe quun virus, et un chien quune éponge) , une indépendance croissante vis à vis du milieu ambiant(par exemple, lacquisition de lhoméothermie à lémergence des oiseaux et des mammifères leur a permis de vivre activement un climat froid) et une accélération croissante ( à léchelle des centaines de millions dannées, le nombres despèces contemporaines a créer de plus en plus vite, comme le volume relatif du cerveau à léchelle des dernières dizaines de millions dannées).
La lignée humaine est manifestement à la pointe de cette progression. Avec elle lévolution franchit un pas majeur: le relais progressif de lévolution génétique, seul mode évolutif avant lHomme, par lévolution culturelle, en entendant par culture tout ce qui est transmis par communication entre les êtres. Ce relais permit daccroître fortement le potentiel de vitesse évolutive (lunité de temps de lévolution génétique est la génération, alors que la vitesse de diffusion dun élément culturel na de limite que celle des moyens de communication, sans cesse plus rapide). En fait, la progression culturelle a suivi une courbe daccélération exponentielle (par exemple, des dizaines de milliers dannées sont requises, au début de lAge de la Pierre, pour que soit perceptible une efficacité accrue des outils, alors que des changements technologiques majeurs surviennent en une génération de notre époque). On comprend dès lors que la progression génétique, au volant dinertie tellement plus pesant, ne soit plus sollicitée aujourdhui dans la lignée humaine. Basée sur la communication, la progression évolutive de notre lignée implique une interdépendance croissante des êtres humains. Elle requiert quà cette interdépendance objective réponde un sens subjectif de solidarité. La socialisation humaine diffère radicalement des sociétés dinsectes où le comportement est réglé très étroitement par lhérédité alors que le comportement de la personne humaine, sil a une part génétique, présente une capacité élevée de plasticité face aux circonstances changeantes de la vie. Bien plus que dans toute autres espèce, lindividu humain acquiert ou modifie ses comportements par communication avec dautres personnes, notamment par éducation.
Lévolution culturelle paraît un mode bien fragile de progression, comparée à lévolution génétique. Une fragilité accrue est dailleurs le prix de bien des pas évolutifs. Laccélération incessante du rythme de la progression culturelle nécessite une capacité sans cesse accrue dauto-transformation. Au point où nous en sommes, notre évolution ressemble à la progression dun coureur qui devait courir de plus en plus vite pour ne pas trébucher. Les risques de clarté -cest-à-dire dextinction de notre lignée- semblent tels aujourdhui quil parait difficilement concevable que la progression évolution continue sans que lHomme franchisse un pas évolutif culturel majeur.
En fonction de ce qui précède, comment caractériser lacteur idéal de ce pas évolutif ? Ce serait un individu hautement capable de sadapter à un environnement en transformation continue. Il serait à tout moment prêt à faire table rase de ses habitudes de comportement et de pensée et à en adopter de nouvelles. Pleinement ouvert à la communication, il maîtriserait ses pulsions agressives. Une société faite de telles personnes aurait un faible volant dinertie à son évolution culturelle. Son potentiel évolutif serait dautant plus grand que ses membres épanouiraient leur individualité, car la diversité des individus est la base de toute évolution dune communauté, que cette évolution soit génétique ou culturelle.
Nous trouvons dans ce portrait de lHomme évolutif idéal une série de traits que nous tentons de développer par notre pratique Alexander : la capacité dinhibition, de remplacement dune habitude par une autre, de disponibilité. Par des moyens non verbaux, le professeur Alexander tente de communiquer à lélève létat de son être, tout en étant à lécoute du sien.
La progression de lélève dans la Technique Alexander est donc dans la ligne dune évolution vers lHomme idéal, dans la mesure où elle augmente louverture à lautre, la maîtrise des pulsions affectives et la plasticité de la pensée.
On peut aussi concevoir que létat psycho-physique dune personne qui a atteint un niveau élevé de la pratique Alexander puisse avoir une influence bénéfique sur son entourage, sans contact, sans verbe. En fait, des philosophies comme le taoïsme affirment que le sage exerce une influence bénéfique autour de lui sans parler du simple fait de son état. Pour des taoïstes, le sage est celui qui a retrouvé sa racine, sa nature, après avoir dissipé tout ce qui sétait accumulé pour locculter. Dans un certain sens, Alexander aussi visait à rendre à la personne létat de nature tel quil sexprime chez lenfant et le "sauvage" qui ont, par nature, le contrôle primaire.
Ny a-t-il pas là recherche dune état archaïque ? Peut-être, mais tout au long de lhistoire de la vie, lévolution buissonnante a émis ses pousses progressistes à partir non de rameaux terminaux, mais de troncs moins différenciés. Le retour de lHomme à la sa "nature" pourrait être une condition de son évolution culturelle progressiste.
Jean Hiernaux
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